Comprendre l’anxiété (et pourquoi elle s’accroche)
L’anxiété touche de nombreuses personnes, et il est important de la comprendre. Quand on met des mots sur ce qui se passe, on reprend déjà un peu de pouvoir sur le ressenti. Les troubles anxieux sont d’ailleurs parmi les troubles mentaux les plus fréquents dans le monde. Organisation mondiale de la santé+1
Qu’est-ce que l’anxiété, exactement ?
L’anxiété est une réponse normale du cerveau et du corps face à une menace… réelle ou perçue. Son rôle, au départ, est protecteur : elle prépare à agir (fuir, se défendre, se figer).
Le problème commence quand le système d’alerte se déclenche trop souvent, trop fort, ou sans danger immédiat, et que la personne se retrouve enfermée dans un état d’hypervigilance.
Sur le plan “mécanique”, l’anxiété mobilise notamment :
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le système nerveux autonome (accélération du rythme cardiaque, souffle court, tensions)
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l’axe du stress (HPA : hypothalamus–hypophyse–surrénales), avec des hormones comme le cortisol
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des circuits cérébraux impliqués dans l’alerte et l’anticipation (dont l’amygdale, entre autres)
Comment l’anxiété se manifeste
L’anxiété n’est pas “dans la tête” : elle s’exprime à plusieurs niveaux.
Dans le corps
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cœur qui s’emballe, oppression, boule au ventre
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tensions, fatigue, vertiges, déréalisation
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troubles du sommeil, agitation
Dans les pensées
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scénarios catastrophe, anticipation permanente
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ruminations (“et si… ?”), doutes, besoin de certitude
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hyper-contrôle, auto-critique
Dans les comportements
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évitement (situations, lieux, conversations)
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recherche de réassurance (poser mille fois la même question)
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checking (vérifications), sur-préparation
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isolement, procrastination (pour ne pas “affronter”)
Le point clé : les “mécanismes de défense” de l’anxiété… qui l’entretiennent
Quand l’anxiété monte, le cerveau cherche un soulagement immédiat. Il met en place des stratégies de protection (souvent automatiques). Elles soulagent à court terme, mais renforcent l’anxiété à long terme.
1) L’évitement
Ça baisse l’angoisse sur le moment, mais le message appris par le cerveau devient :
“C’était dangereux, heureusement que tu as fui.”
Résultat : la peur s’élargit et la zone de confort rétrécit.
2) La recherche de contrôle / certitude
Vouloir être sûr à 100% est humain… mais impossible.
Plus on cherche la certitude, plus le cerveau scanne le moindre risque.
3) La réassurance
Demander à l’autre de rassurer apaise, puis l’anxiété revient.
Le cerveau apprend : “Je ne peux me calmer qu’avec une preuve extérieure.”
4) Les ruminations
On croit “résoudre” en pensant davantage. En réalité, on nourrit l’alarme et on fatigue le système.
👉 Objectif thérapeutique : diminuer ces stratégies d’entretien, et apprendre au système nerveux qu’il peut redescendre sans fuir ni sur-contrôler.
Quelques repères chiffrés (sans dramatiser)
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Selon l’OMS, environ 4,4% de la population mondiale vit avec un trouble anxieux, et environ 359 millions de personnes étaient concernées en 2021. Organisation mondiale de la santé+1
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Une grande étude publiée dans The Lancet a montré une augmentation des troubles anxieux en 2020, associée à la pandémie de COVID-19. The Lancet+1
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L’OMS indique aussi qu’environ 1 personne sur 4 touchée reçoit un traitement. Organisation mondiale de la santé
Comment on peut travailler l’anxiété (approches efficaces)
Il existe des prises en charge très efficaces, et on peut adapter l’accompagnement à votre histoire, votre rythme et votre niveau d’intensité. Organisation mondiale de la santé
Thérapies validées et recommandations
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Les recommandations NICE (Royaume-Uni) pour le trouble anxieux généralisé et le trouble panique s’appuient sur une logique de soins gradués, avec notamment des interventions psychologiques (dont la TCC) et, selon les cas, des traitements médicamenteux prescrits par un médecin. NICE+2NICE+2
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Les synthèses Cochrane montrent des bénéfices de la TCC (au moins versus attente/absence de traitement) chez les jeunes, avec maintien possible à moyen terme. Cochrane
Outils concrets qu’on utilise souvent en cabinet
Selon la situation, on peut travailler sur :
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psychoéducation (comprendre le cycle anxieux)
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régulation physiologique (descendre l’activation du système nerveux)
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exposition progressive (réapprendre la sécurité par l’expérience)
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désamorçage des ruminations et travail cognitif
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désactivation des comportements de sécurité (réassurance, checking, évitement)
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traitement des déclencheurs émotionnels et du vécu (quand l’anxiété est liée à des expériences marquantes)
Important : si l’anxiété est sévère, s’accompagne d’idées noires, d’attaques de panique fréquentes, ou d’une souffrance qui déborde le quotidien, un avis médical est utile (et parfois indispensable), en complément de l’accompagnement psychothérapeutique.
En résumé
L’anxiété n’est pas une faiblesse : c’est un système de protection qui s’est mis à fonctionner en mode “alarme”.
Le travail thérapeutique vise à recalibrer ce système, réduire les mécanismes qui entretiennent l’anxiété, et retrouver une sécurité interne plus stable
